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mardi, 11 juin 2013

Fliqués par Internet... et contents de l'être

matrixy-565x252.jpgChangement d’époque, changement de paradigmes, tiraillements entre désirs et nécessités, revendications libertaires et désir fou de protection tous azimuts. Chacun se « facebookise », se met en scène, « tweete » à tout va. Croit se planquer derrière des pseudos pour balancer sur la Toile tout ce qui lui passe par la tête, ses coups de cœur comme ses humeurs. Il y a là-dedans du plaisant et du déplaisant, du zélateur et de la délation, de l’info et de la désinfo…


 

On s’angoisse parce que la Toile, comme celle de l’araignée – son modèle -, est une extraordinaire machine à piéger. Plus efficace encore, elle ne se contente pas de retenir dans ses rets ceux qui s’y précipitent, mais elle remonte le fil jusqu’à sa source. Nous tenons là, sans même souvent en avoir conscience, la véritable machine à remonter le temps.

Les États-Unis excellent en cette matière. Piégeurs en chef, on sait qu’ils sont désormais planqués à l’entrée et à la sortie de tous les réseaux, avec leurs gigantesques oreilles intergalactiques et leurs filets à papillons intersidéraux. Le jeune informaticien qui, la semaine dernière, a révélé au monde les dessous du programme PRISM autorisant la NSA et la CIA à fliquer toutes nos connections, vient de révéler son identité au Guardian. Il s’appelle Edward Snowden, a 29 ans, et est parti se réfugier à Hong Kong. Petit frère du soldat Bradley Manning, le fournisseur des données à WikiLeaks dont le procès se tient actuellement, Snowden pense lui aussi avoir rendu service à la planète. Il avoue : « Je n’ai aucune idée de ce que sera mon avenir », espérant simplement ne pas être extradé vers les États-Unis. Nul doute que pour avoir dénoncé la surveillance, ses faits et gestes seront les premiers surveillés. Il va être – il est déjà – l’homme le plus traqué, physiquement et virtuellement. Au nom de la sûreté nationale, il sera attrapé, même si, comme il le dit, il envisage de demander l’asile à l’Islande. Mais à quel titre, au fait ? Réfugié politique ? Réfugié numérique ?

Edward Snowden va peut-être devenir une icône, un martyr lui aussi de la cause libertaire. À la vitesse où on les fabrique, rien n’est impossible. Car c’est là l’autre face de l’histoire : on réclame ici à cor et à cri ce que là on dénonce.

Qu’est-ce qui permet, en seulement quatre jours, l’arrestation de l’agresseur au couteau d’un soldat à La Défense ? Le visionnage des images de vidéosurveillance du centre commercial des Quatre Temps et de la RATP : « L’auteur des faits, à 17 h 46, a fait une prière musulmane, soit huit minutes avant l’attaque qui a eu lieu à 17 h 54.
 Une heure plus tôt, à 16 h 44, il achetait deux couteaux dans un hypermarché du centre commercial », dit le procureur. Et qu’est-ce qui permet d’identifier les protagonistes de la bagarre qui a conduit à la mort du jeune Clément Méric ? Le fichage et la surveillance Internet de tous les groupuscules skin, d’extrême droite comme d’extrême gauche, par les Renseignements généraux et autres officines.

Et tous les libertaires de réclamer plus encore. Et plus vite. Plus de surveillance, plus d’interdiction, plus de protection… Et pourquoi pas : le gouvernement d’ailleurs a devancé l’appel et promis dans l’instant la dissolution de toutes ces assemblées de crânes rasés en Lonsdale ou Fred Perry. Et là, attention, il va falloir ne pas se tromper, car bien difficile au néophyte de distinguer dans la mêlée les bons des méchants, ceux qui tendent le bras et ceux qui lèvent le poing.

Déjà, la classe politique et les médias piaffent d’impatience : comment, ça n’est pas encore fait, cette dissolution ? C’est qu’il y a des procédures à respecter, a dit ce matin, penaude, madame Vallaud-Belkacem. Il faut un temps pour l’enquête, prouver la dangerosité réelle de tous ces gens, et puis un temps pour la défense, et puis un temps pour le jugement…

Ah, le temps, et surtout le temps judiciaire ! Ah, la démocratie et ses interminables procédures ! Tellement insupportables alors qu’on peut s’assassiner d’un clic et faire le procès en un tweet… Et quoi : 140 caractères, ça suffit, non ?

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