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lundi, 13 février 2012

Le triangle de Gonesse livré aux mondialistes

 roissy.jpgLe froid givre les champs que longe, au loin, l'autoroute. Derrière l'artère d'où parvient un vrombissement continu, on distingue les cubes bleus d'un centre commercial, muraille de la ville qui se dresse. Soudain, dans l'air glacé, surgissent des lièvres qui gambadent et se rassemblent. "Il y en a des dizaines à travers ces champs, et aussi beaucoup de perdreaux, ditDominique PletJ'ai même déjà vu des automobilistes s'arrêter au bord de l'autoroute et descendre pour en tirer au fusil !"


M. Plet a 68 ans et cultive des céréales sur un des derniers espaces agricoles proches de Paris, au sud de l'aéroport de Roissy, une enclave couvrant près de 1 000 ha et qu'on appelle le Triangle de Gonesse"Nous en sommes à la cinquième génération à travailler ici, et mon fils est mordu, il veut reprendre, on veut resteragriculteurs." Ils sont moins d'une dizaine de paysans à exploiter ces riches terres d'Ile-de-France.


Mais l'avenir est incertain. Car c'est sur le Triangle de Gonesse qu'Auchan, le deuxième groupe français de distribution commerciale, envisage de lancer une opération géante, sous le nom d'Europa City, pour un investissement de 1,7 milliard d'euros. Sur 80 hectares s'étendrait un megacentre culturel et de loisirs, comprenant un musée à la surface comparable au Centre Beaubourg, une piste de ski, un cirque permanent, et 250 000 m2 de commerces et de restaurants. Autour, des immeubles de bureaux. Une étude réalisée pour la filiale Immochan, qui pilote le projet, estime que celui-ci créera 11 500 emplois directs et 6 000 indirects. La clientèle ? Une partie des 63 millions de voyageurs qui transitent par l'aéroport, les populations locales, et des Parisiens attirés par ce centre qui prétend renouveler la consommation et qui sera "environnementalement positif".Europa City serait dotée d'une gare, construite dans le cadre du Grand Paris, et d'un barreau ferroviaire reliant la Défense et le Parc des expositions de Villepinte. Par ailleurs, un terrain de golf de 90 ha et une zone d'activité de près de 200 ha seraient créés.

"Le Triangle de Gonesse est le morceau d'une stratégie plus globale sur tout le territoire entre Roissy et Le Bourget, dit Hervé Dupont, directeur de l'établissement public d'aménagement de la Plaine de France. La tendance antérieure était d'utiliserles espaces près des aéroports pour faire de la logistique. Maintenant, on cherche plutôt à faire du techno-tertiaire."

Une évolution qui pourrait revaloriser l'image des villes les plus proches - Gonesse, Sarcelles, Aulnay-sous-Bois -, qui souffrent d'un taux de chômage important. Pour les élus, la promesse d'embauches est prioritaire. "Si la moitié des emplois prévus pouvait revenir sur la zone, ce serait une bonne chose, dit Michel Montaldo,conseiller général (PR) du canton de Garges-lès-Gonesse. Par exemple, on s'aperçoit que le grand stade à Saint-Denis n'a pas créé d'emplois pour les populations pauvres du coin. On voudrait une contractualisation avec Europa City pour pouvoir obtenir des formations adaptées."

Mais le projet soulève une vive opposition locale, menée par un collectif de dix-sept associations qui contestent l'avancée silencieuse du projet. "Les gens à Gonesse ne sont pas du tout informés par la mairie", dit Mohammed Ouerfelli, de l'Association des habitants de l'est du Val-d'Oise (Adhevo). Une enquête publique sur la "réserve foncière" des superficies concernées va s'ouvrir le 20 février.

PROJET DÉMESURÉ

Les opposants critiquent surtout la destruction des terres agricoles, même si un"carré vert" de 400 ha serait sanctuarisé : "Tous les politiques disent qu'il fautpréserver les terres agricoles, observe Bernard Loup, de Val-d'Oise Environnement. Mais on ne voit rien changer sur le terrain ; au contraire, la consommation des terres agricoles s'accélère."

Les associations jugent aussi démesuré le projet, alors que, tout autour de Roissy, des chantiers concurrents sont déjà engagés, comme Aeroville, un centre commercial de 80 000 m2, l'International Trade Center, ou Aerolians, sur 200 ha. Certains, comme Jean-Claude Marcus, du cabinet d'études Gaia, imaginent une alternative : faire muter l'agriculture, sur le Triangle, vers le maraîchage et des serres alimentées par géothermie, ce qui pourrait créer plus de 2 000 emplois agricoles.

Sur le pont de l'autoroute, au-dessus du flot continu de la circulation, Dominique Plet évoque son enfance à Gonesse, quand il n'y avait rien que les champs jusqu'à l'horizon. "Construire encore, et après ? On ira jusqu'à Compiègne ? Il n'y a plus de limite."

source : Le Monde.fr


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