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mercredi, 14 décembre 2011

"Intouchable", pour la caste dominante, le film à "administrer" aux Français

 

Dans Le Monde du 13 décembre 2012, Gérard Courtois, directeur éditorial, se félicite du succès du film Intouchables qui a réalisé 12 millions d’entrées. Il s’en félicite et y voit un signe d’espoir : « Le pire n’est pas toujours sûr ». Ce journaliste (?) voit dans Intouchables un « antidote efficace, on l'espère, aux peurs et aux rejets attisés par le Front national et sans cesse relayés par une partie de la majorité, ministre de l'Intérieur en tête » ; bref, un moyen de propagande au service de la pensée unique : « un remède qu’il convient d’administrer (sic) à quelques millions de Français supplémentaires ». Laurence Maugest analyse pour Polémia cette œuvre de propagande.



 

Dans cette histoire contemporaine, le faiseur de miracles est un homme issu de la banlieue, élevé par une femme surmenée dans un quartier où les dealers sont plus nombreux que les arbres. Pourtant, ce Jésus des temps modernes sait tout, comprend tout et il est rempli d’une charité virile et à poings fermés, mais de charité tout de même

Le thaumaturge à cagoule

Comme si la nature magnifique de cet homme issu des quartiers ne suffisait pas à nous faire comprendre que la générosité spontanée et l’espoir de la France se trouvent dans ces jeunes à cagoule, on enfonce le clou en ridiculisant les aspirations du petit homme blanc. L’appartement de celui-ci est riche de peintures et de meubles de l’Ancien Régime. Il représente la face splendide de l’histoire de France. On subodore que l’homme qui habite cette belle demeure est le fruit de ce passé par ses goûts et son amour de la grande musique. Le thaumaturge à cagoule, qui ne connaît rien de l’histoire de ce pays qui est le sien depuis l’enfance, ironise sa beauté et profite de son luxe. Par là même, ce film peint avec véracité les raisons d’une certaine assimilation ratée.

L’homme blanc : un tétraplégique totalement impuissant

La vision que le réalisateur a de l’homme blanc est pathétique : un tétraplégique, totalement impuissant, porté, lavé, déprimé dès que son sauveur s’éclipse, qui travaille avec une très belle femme qui occulte l’homme par son homosexualité. Dans ce film, l’homme blanc occidental a disparu, étouffé dans les coussins de son passé. Il agonise et sa faiblesse le rend dépendant de la vigueur de la banlieue cosmopolite qui ne sait plus d’où elle vient et ne sait pas où elle va : le héros est chassé de l’appartement de sa mère adoptive et n’a plus de chez lui. Il est redoutable d’imaginer l’homme issu de l’histoire européenne, déglingué et gesticulant comme un pantin dans les bras tentaculaires d’un mondialisme sans âme – mondialisme dont les enfants, mutants déracinés, ne cherchent plus, dans la vie comme dans la danse, la beauté et l’élévation, mais la palpation des trottoirs et de la matière.

Les représentations idéologiques envahissent tout le film

Ce film aurait pu être une analyse psychologique de la relation d’un homme blessé avec un homme concret qui ne s’embarrasse pas de sensiblerie, un peu dans le registre de la relation d'Ivan Ilitch avec son valet Guérassim (*) ; nous en sommes, bien sûr, très loin. Il n’y a pas de place pour une telle analyse. En effet, les représentations idéologiques envahissent tout le film, réduisant l’approche psychologique à néant. Ce film continue d’ailleurs son chemin dans le même registre ; son succès fait de lui un « micro » événement de société. Cela est très inquiétant de constater un tel empressement autour d’une caricature faite de clichés et d’entendre tant de discours dithyrambiques à son sujet. C’est bien là le danger de la sensiblerie idéologique, de prendre à rebours les sujets d’inquiétude pour en faire des raisons d’espérer. Une forme « d’opium du peuple », en quelque sorte, où les marchands du Temple sont nombreux.

Un déplacement du centre de gravité de l’identité d’une nation

Intouchables cherche à nous démontrer que les populations déracinées des banlieues, souvent rebelles à leur terre d’accueil, sont plus près du sens fondamental de la vie que les Français qui vivent, intra muros, dans le « cœur historique » de la Cité. C’est un déplacement du centre de gravité de l’identité d’une nation que ce film nous signifie derrière son camouflage gentillet et bon enfant et c’est surtout un pied de nez à la richesse de ce qui devrait nous constituer.

Cet homme rendu bon, sensible et généreux par la confrontation aux dures réalités du quotidien des banlieues, sauve un paralytique. Cela n’est pas sans nous rappeler quelque chose. Le rôle de la souffrance dans la rédemption a été souvent épinglé comme source de névrose, la fameuse « névrose chrétienne » qui ici semble perdurer plus loin que la chrétienté elle-même. Dans la société désacralisée qui est la nôtre, où l’on ridiculise le Christ régulièrement, cette triste névrose ne s’accompagne plus d’une recherche d’élévation mais encourage le divertissement comme simple palliatif à la dépression de l’homme occidental désabusé. Celui-ci est contraint de placer son espoir dans d’éventuels signes de générosité parfaitement individuels, isolés de toute transcendance et de moralité collective.

Laurence Maugest 
12/12/2011

(*) La Mort d’Ivan Ilitch - Léon Tolstoï

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/12/12/les-intouchables-contre-mme-le-pen_1617478_3232.html

Voir aussi :

La fabrication de l'opinion par les images : le cas du cinéma . Comment s'en délivrer ? (Première partie) 
Et si « Hors-la-loi » n'était pas ce qu'on croit ? 
« Des hommes et des dieux » : un film beau et poignant mais lourd d'influence pernicieuse 
Un mondialisme sans queue ni tête : la politique de l'âme et des racines brûlées

Correspondance Polémia – 13/12/2011 Image : scène du film

 

Laurence Maugest

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