Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mardi, 29 novembre 2011

Théâtre : Une mythologie anti-catholique

pie12.jpgFort heureusement réduite à des proportions congruentes, la fable de Rolf Hochuth, forgée d'après le fantaisiste et sulfureux "Rapport Gerstein", n'en maintient pas moins les poncifs de la pièce d'origine. Bien que Jean-Paul Tribout prétende "défendre tous les personnages, éviter à toute force la caricature, la dramatisation excessive, le pathos", le Vicaire qu'il met en scène reste une charge sans rémission contre les prétendus silences diplomatiques du pape Pie XII sur les atrocités nazies et l'extermination programmée des juifs enfournés par pelletés dans les chambres à gaz. 


Sur un statique plateau funèbre à souhait, les clercs (Richard Fontana/Mathieu Bisson, le Nonce/Laurent Richard, le Père général Jacobson/Xavier Simonin), costumés en croque-morts, le SS Gerstien/Eric Herson-Macarel, communiste traître à sa patrie, adorné de la croix gammée, l'opulent Romain Fontana/Jean-Paul Tribout, tout de noir vêtu, récitent de façon peu convaincante un texte indigent avec force démonstrations lacrymales. Seuls deux comédiens de talent, l'épicurien Cardinal/Claude Aufaure, coiffé d'une coquette calotte pourpre, et le Pape/Emmanuel Dechartre dans une aube fort seyante, mettent un peu de vie dans ce concert de déplorations figées.

Insensible aux malheurs des temps, le prélat gourmet ose ainsi regretter la capitulation du III Reich à Stalingrad, prélude à la soviétisation de l'Europe, tandis que le Saint-Père, instruit des persécutions infligées aux juifs polonais, refuse obstinément de dénoncer le concordat signé avec Monsieur Hitler. L'histoire romancée se termine avec l'échange d'uniformes entre Gerstein et Richard Fontana, le prêtre martyr qui se livre aux bourreaux de Peuple élu, l'étoile jaune infamante épinglée sur le coeur. 

Les innombrables témoignages de la constante sollicitude de l'Eglise catholique au cours de la Seconde Guerre mondiale à l'égard des Hébreux, acceuillis par milliers dans tous les monastères et au Vatican même (le grand rabbin de Rome Israël Zolli, converti en 1945, fut baptisé Eugenio Pio, en hommage au défenseur de ses coreligionnaires), accusent la malhonnêteté de cette fiction, exhumée à seule fin de conforter l'influence du lobby qui n'éxiste pas et de salir la mémoire de Pie XII... dont le procès en béatification n'est pas près d'être poursuivi.

Marie-Gabrielle Decossas pour Rivarol 3023

Les commentaires sont fermés.