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vendredi, 14 octobre 2011

Le vrai bilan de Sarköy (partie 4)

Rupture avec l’esprit des institutions, rupture avec l’élitisme républicain, rupture avec la laïcité, rupture avec la conception traditionnelle de la famille, rupture avec la culture française, rupture avec l’art de vivre français, rupture avec l’État régalien, rupture avec la politique d’indépendance nationale. Il y a bien eu une rupture sarkozyste. Mais à contretemps de l’évolution du monde. Explications avec la fin de l’intervention de Jean-Yves Le Gallou à la XXVIIe Université annuelle du Club de l’Horloge. 

source : Polémia



Quatrième partie 

2007/2012 : la vraie rupture avec le modèle français


« Nous sommes dans un moment de basculement politique et économique. Il faut changer de logiciel et poursuivre la rupture commencée en 2007 », a déclaré Pierre Lellouche, ministre du Commerce extérieur (l’homme au déficit record), le 1er septembre 2011. Mais cette rupture ici évoquée, ce n’est pas une rupture avec le Système, c’est une rupture avec l’exception française. 
Voir : Sarkozy : deux ans de rupture avec le modèle français

• Rupture avec l’esprit des institutions

D’inspiration monarchique, les institutions de la Ve République visaient à donner de la hauteur et de la distance au président de la République en charge de l’essentiel. Après cinq ans d’omniprésence médiatique et de vulgarité d’expression, que reste-t-il de majesté, sinon de sacré, à la fonction ?

• Rupture avec l’élitisme républicain

La France a construit son appareil d’Etat, et une large partie de sa puissance industrielle (aéronautique, espace, nucléaire, pétrole, télécoms, génie civil et services) à partir des grands corps d’ingénieurs et des grandes écoles. Le principe en était la sélection au mérite par les capacités et par l’effort. La mise en œuvre de la « discrimination positive » change ces règles et fait de l’origine (ethnique, religieuse, sexuelle) et de la faveur les nouveaux critères de sélection des élites.

• Rupture avec la laïcité

La nouvelle politique religieuse du gouvernement repose sur un oxymore : le concept de « laïcité positive ». Or la laïcité, c’est la séparation de l’Eglise et de l’Etat et la neutralité de l’Etat vis-à-vis des religions. En pratique, la laïcité a longtemps été un moyen de lutte contre le catholicisme, religion dominante. La « laïcité positive » vise, elle, à reconnaître, encourager et donner des moyens financiers aux religions minoritaires (principalement l’islam). Il s’agit de faciliter la construction de mosquées et de centres culturels islamiques et de donner un statut juridique à différentes pratiques musulmanes parfaitement étrangères à l’identité française. •

• Rupture avec la conception traditionnelle de la famille

Cellule de base de la société, point d’ancrage dans la crise, la conception traditionnelle de la famille subit de nombreuses atteintes. Certes, toutes ne sont pas nouvelles mais la présidence Sarkozy accélère le mouvement :

– mise sur un pied de quasi-égalité du Pacs et du mariage ;
– tentative d’imposer à l’opinion publique le terme et la notion d’ « homoparentalité » ;
– enseignement idéologique de la théorie du genre à l’école.

• Rupture avec la culture française

Dans le mode de sélection des élites françaises comme dans la formation scolaire traditionnelle, la connaissance des humanités et la maîtrise de la langue française ont toujours été jugées essentielles. La langue française est d’ailleurs considérée comme un élément important de notre identité en même temps qu’un facteur du rayonnement français dans le monde. Là aussi, Nicolas Sarkozy a choisi la rupture :

– en brocardant et en réduisant la place accordée à la culture générale, notamment dans les concours administratifs (alors même que beaucoup d’entreprises découvrent l’importance de la maîtrise de la langue française par leurs employés et leurs cadres) ;
– en se moquant de la lecture de La Princesse de Clèves ; 
– en maltraitant, délibérément ou non, la langue française dans ses discours ; 
– en se désintéressant du rayonnement du français dans le monde.

• Rupture avec l’art de vivre français

L’art de vivre français, c’est un ensemble d’attitudes et de comportements : ce sont des règles de convivialité ; ce sont des hauts lieux et des paysages qu’on respecte et qu’on protège ; ce sont des traditions gastronomiques ; c’est aussi le refus de voir l’argent et la consommation envahir toute la vie. Là aussi, dans la foulée du Rapport Attali, les ruptures sont nombreuses :

  • – la mise en cause du repos dominical qui structure la vie sociale et communautaire ;
  • – le goût ostentatoire de l’argent et du « bling-bling » ;
  • – le désintérêt vis-à-vis du terroir français et de ses produits (vins, fromages) ;
  • – la marchandisation du patrimoine ;
  • – la volonté de remettre en cause les règles d’urbanisme, protectrices de la beauté des sites et des paysages.

• Rupture avec l’Etat régalien

Conduite depuis 5 ans la Revue générale des politiques publiques (RGPP) a produit 7 milliards d’économies (pour un déficit qui reste de 100 milliards…). Mais ces économies ont principalement porté sur l’Etat régalien : les services des préfectures et de l’Etat dans les départements, la diplomatie, le patrimoine, les services de police et de gendarmerie, l’armée.

Voir : « Modernisation » de l'Etat : rupture ou révolution culturelle à la chinoise ?
Voir aussi : La modernisation de l'Etat : rupture ou illusion financière ? (« La Polémia » du 29/09/2009)

• Rupture avec la politique d’indépendance nationale

Il y a, dans les gènes de la Ve République comme du gaullisme, la politique d’indépendance nationale : une démarche fondée sur la conviction que les intérêts de la France et de l’Europe continentale sont distincts, sinon opposés, de ceux des puissances anglo-saxonnes. Dans ce domaine les ruptures se sont multipliées :

  • - la rentrée de la France dans le commandement unifié de l’OTAN ;
  • - la fermeture programmée de bases françaises en Afrique ;
  • - l’installation d’une base d’appui à l’Amérique à Abou Dhabi ;
  • - la remise en cause des liens traditionnels avec le Québec ;
  • - l’aventurisme militaire en Afghanistan et en Libye, le tout sous commandement américain.

Une rupture à contretemps

La rupture sarkozyste s’est faite au nom d’une illusoire modernisation. Il s’agit d’anglo-saxonniser la France (en décalquant les modèles américain et britannique) et de l’orientaliser (sur le modèle de Dubaï).

Mais le calendrier n’est pas galant homme : pourquoi donc copier des modèles étrangers au moment même où ils s’enfoncent dans la crise ? …et enfoncent le monde dans la crise ?

La démarche présidentielle sur « la France d’après » n’est pas seulement condamnable au regard de l’identité française, elle a un côté pathétique ; car elle n’est pas seulement aliénante : elle est, en plus, anachronique.

Il faut néanmoins mesurer l’étendue des dégâts : de 1965 (sortie de la France du commandement intégré de l’OTAN) jusqu’à 2003 (refus de s’associer à la guerre d’Irak), la France avait su s’assurer et maintenir une place particulière sur la scène internationale : elle bénéficiait d’un rayonnement et d’un capital de sympathie important dans le monde. En s’alignant sur la politique américano-israélienne, Sarkozy a dilapidé un demi-siècle d’acquis diplomatique de la France. Au pire moment !

Le vrai bilan : l’assujettissement de la France et des Français

Affirmer que Sarkozy s’est contenté de faire de l’agitation médiatique serait injuste.

Avec le recul il est possible de discerner deux évolutions majeures au cours de son quinquennat :

  • – le recul du pouvoir du peuple ;
  • – une soumission croissante aux instances internationale.

• Le pouvoir retiré au peuple : le déni de démocratie

L’acte fondateur du quinquennat a été la ratification par le Parlement du Traité de Lisbonne ; simple copie (et non « mini-traité », comme l’affirme la novlangue UMP) du projet de constitution européenne ; projet rejeté par référendum par le peuple français en 2005.

C’est évidemment un déni de démocratie.

Tout comme l’a été la révision constitutionnelle de juillet 2008 :

  • – révision qui crée un faux semblant de démocratie directe puisqu’il faut 20% des parlementaires et 10% des électeurs pour envisager un référendum d’initiative mi-parlementaire mi-populaire ;
  • – mais surtout révision qui rend possible l’adhésion à l’Union européenne d’un nouvel Etat (la Turquie, par exemple) sans consultation référendaire du peuple ;
  • – et révision qui étend les pouvoirs législatifs du Conseil constitutionnel avec la création de la Question préalable de constitutionnalité (QPC), nouvelle avancée du gouvernement des juges, puisque le contrôle de constitutionnalité n’est rien d’autre que l’interprétation de textes généraux selon les canons du politiquement correct

• Le pouvoir donné aux institutions internationales : le déni de souveraineté

Le traité de Lisbonne a débouché sur de nouveaux transferts de souveraineté.

La réintégration dans le commandement militaire de l’OTAN a officialisé la subordination militaire de la France à l’état-major américain.

Conclusions : se méfier des joueurs de flûte…

En campagne électorale il y a deux sortes de promesses :

  • – celles qui sont faites aux puissants, à ceux qui accordent les moyens financiers et un accès complaisant dans les médias ;
  • – celles qui sont faites, notamment à travers les médias, aux électeurs.

Globalement les promesses faites avant 2007 par Nicolas Sarkozy aux grands oligarques français et internationaux ont été tenues : la politique étrangère a été alignée sur l’axe américano-israélien, la finance mondiale a été ménagée et les hyper-riches protégés. Pour la superclasse mondiale (SCM), le bilan du quinquennat, malgré la crise, a été globalement positif.

En revanche, le compte n’y est pas pour les électeurs français : ni du point de vue de l’identité nationale, ni du point de vue de la sécurité, ni du point de vue du pouvoir d’achat des classes moyennes et populaires.

Mais il faut ici souligner un paradoxe qui explique les succès à répétition de la fausse alternance PS/UMP : les meilleures promesses aux électeurs sont celles qu’on ne tient pas ! En effet, les promesses non tenues peuvent être resservies… à l’élection suivante. Ce qui est fait avec succès depuis 25 ans par le PS et l’UMP.

Aux électeurs d’être vigilants et de ne pas se laisser mener par les joueurs de flûte. Les « projets », les « programmes », les « annonces » ne sont que du papier tue-mouches. Il ne faut pas boire les paroles des candidats mais s’interroger sur leur bilan. Et le pourquoi de leur bilan.

Ce n’est qu’au prix de cet effort de lucidité que les électeurs ne seront plus trompés.

Chat échaudé devrait craindre l’eau froide !

Jean-Yves Le Gallou

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