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vendredi, 02 septembre 2011

Des cours de morale, oui, mais pas que pour les enfants

rmcpartipris.jpgIl n’y a pas de réforme dans l’Education nationale – même mineure – qui fasse l’unanimité. Celle-là est plutôt mieux accueillie que beaucoup : ce qu’on entend le plus, à propos de ce retour des cours de morale, c’est que c’est une idée un peu ringarde, très école de grand papa, blouses grises, portes-plumes et coups de règle sur les doigts. Et ce n’est pas tout à fait faux : on devine chez Luc Chatel un calcul très politiquement correct – la référence à l’école bénie de Jules Ferry, le berceau de notre belle école laïque et républicaine. C’est plus consensuel que les suppressions de postes et de classes. Mais ce n’est pas parce que c’est consensuel qu’il faut forcément être contre.


Donc, c'est une bonne chose ?
Oui. Apprendre à nos enfants la différence entre le bien et le mal, ça ne paraît pas dénué d’intérêt. Relevons quand-même que depuis 2008, les enseignants du primaire sont censés dispenser des cours d’« instruction civile » mais que l’ordre n’a quasiment pas été appliqué. Si les élèves le savaient, ça pourrait nuire à la crédibilité du maître ou de la maîtresse quand la leçon du jour portera sur l’obéissance et la désobéissance. Au passage – et sans ironie, cette fois – il y a une vraie différence entre l’instruction « civile » et l’instruction « morale ». La première renvoie à la définition du citoyen et la seconde à la conception de l’individu. Incontestablement, les enfants d’aujourd’hui manquent de repères pour l’une comme pour l’autre.
La circulaire dit que les enseignants organiseront leurs cours à partir de maximes et de dictons simples, autour desquelles ils lanceront des débats. Est-ce que c'est une forme appropriée ?
C’est très « vieille école », c’est le cas de le dire. Mais au-delà de la forme, on va imposer des préceptes qui vont paraître bien théoriques à des enfants qui sont infiniment plus ouverts sur le monde que ne l’étaient leurs parents et grands-parents. La fameuse maxime : « L’oisiveté est mère de tous les vices » résonne différemment à l’heure du chômage de masse et des débats plus ou moins scabreux sur l’assistanat. « Bien mal acquis ne profite jamais » peut en laisser plus d’un perplexe si l’on considère l’ampleur de la fraude fiscale et de la corruption. Quant à la leçon sur l’effort « toujours récompensé », elle apparaîtra sûrement décalée avec une société où le travail reste plus taxé que le capital, et où de longues études ne débouchent plus forcément sur des emplois bien payés et bien considérés. La théorie sera facile, ce sera plus dur pour les exemples…
La France connaît une crise morale ?
Comme la plupart des grandes démocraties, qui sont minées par les crises et les inégalités. La morale privée est dominées par l’individualisme, pour ne pas dire l’égoïsme. Et la morale publique est en berne. Voyez ce qui s’est passé ces deux derniers jours : le comportement stupéfiant d’un juge accusant le chef de l’Etat au mépris de toute déontologie ; les médias qui s’en emparent en dehors de toute raison ; et le gouvernement qui fait espionner un journaliste au mépris de la loi et des principes. On peut dispenser à nos enfants toutes les leçons ; les cours de morale ne suffiront pas si, franchie la porte de l’école, c’est la morale qui n’a plus cours...

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